Tous les matins du Monde

Tous les matins du Monde

2018-08-25T08:56:59+00:00 28 février 2017|Pourquoi ?|

Pour ceux que l’on appelait les locavores il y a peu, tout produit devait provenir d’un cercle de 160km autour de soi. Si l’on remonte dans l’histoire de l’humanité, l’Homme avait pour habitude de consommer ce qu’il avait vu pousser chez lui. Aujourd’hui, on reparle de cultiver des légumes sur les terres municipales afin d’alimenter les cantines, mais aussi de créer des tours maraichères en pleine ville. Ce néo-local est comme un vieil instrument redécouvert, que l’on est en train d’accorder et de réapprendre à jouer. Entre la cherté des carburants, les exigences en terme de CO² et les scandales sanitaires récents sur des produits aux origines douteuses, le consommateur veut entendre un son différent.

On a pris l’habitude de voir des files de camions comme des tomates en hiver. L’une comme l’autre sont liées à l’univers des grandes surfaces et consomment énormément d’énergie. Transports = pétrole, routes = pétrole, intrants chimiques = pétrole et emballages… = pétrole. La première chose avant de s’écharper sur les énergies (alternatives ou pas) c’est la nécessité absolue de réduire nos besoins. Et même si on n’arrêtera pas la fièvre de l’or noir demain, faisons-en sorte de ne l’utiliser que pour l’essentiel.

Les produits que l’on retrouve, transformés ou non dans nos supermarchés, ont parcouru entre 2 400 et 4 800 km en moyenne. Alors d’accord, un poids lourd de 40t produit moins de CO² (pour un rapport tonne transportée / kilomètres parcourus) qu’une voiture individuelle ou qu’une petite camionnette. C’est ce qui fait dire au Conseil Général du Développement Durable que « les faibles distances ne suffisent pas à affirmer la qualité environnementale des produits locaux ». Sauf que si ces gros camions si « propres » ne transportaient leurs chargements que sur 160 km, on respirerait mieux.

Alors d’accord, précisons que pour un produit agricole ce n’est pas tant le mode transport (17% des Gaz à Effet de Serre (GES) émis) mais le mode de production (57%) qui importe si l’on parle GES. D’où l’intérêt d’une agriculture locale ET écologique, qui va préserver notre santé, nos ressources, nos cours d’eau et nos sols, mais limiter aussi le réchauffement climatique.

Bien sûr cela ne s’arrête pas là car il y a d’autres avantages à consommer local.

Quand vous achetez un aliment ou tout autre produit local, vous savez qui l’a fait et comment ; vous retrouvez ainsi la transparence qui manque à de nombreux produits dits « français » mais transformés là-bas, assaisonnés là-haut et emballé ailleurs.


Droits d’image : La Vrac Mobile

À cela s’ajoute le fait que de « re-territorialiser » les activités agricoles stimule l’économie et permet de créer des emplois qui ne pourront pas être délocalisés.

Bon, tout cela semble évident mais là où ça devient vraiment beau c’est que consommer local est bon pour la cohésion sociale et la démocratie (rien que ça !?)

En effet, les circuits courts permettent de mieux se connaître et se comprendre. Les études sociologiques parlent « d’une meilleure compréhension des modes de vie respectifs entre consommateur et producteur ». En plus, ce dernier se sent valorisé et le consommateur retrouve un goût pour « les bon produits frais » et le rythme des saisons. Un fruit ou légume cueilli à la bonne époque et à maturité vous fera bénéficier de tous ses bienfaits !

Ensuite, ces mêmes études montrent qu’en achetant local, le citoyen reprend en main sa consommation. En s’informant pour mieux choisir, il devient ce consomm’acteur ou « citoyen alimentaire » qui non seulement aide au développement de son territoire, mais ne laisse plus guider son comportement par la publicité et les promotions.

Enfin, en relocalisant les impacts des activités humaines, les conséquences d’un élevage ou d’une agriculture industrielle sur l’environnement sembleront plus insupportables pour ce citoyen « locavore » (qui consomme local, ndlr). Une pollution à des milliers de kilomètres dérange moins que celle qui touche le cours d’eau à côté de chez vous. De plus, ce contrôle local des externalités négatives, permet de démonter certains discours qui décideraient pour nous de tout sacrifier à l’économie.

Alors oui, il y a quelques fausses notes et un besoin de se réhabituer à un son qu’on croyait perdu, mais le succès semble inévitable.

Nos choix de consommer local, influent bien entendu sur les choix politiques mais aussi sur celui des producteurs. Sentant une chance de reprendre goût à leur métier tout en gagnant leur vie, ils sont de plus en plus nombreux à choisir de passer au bio et de vendre localement leur production.


Droits d’image : La Vrac Mobile

Transparence, qualité, valorisation, cohésion sociale et démocratie c’est quand même mieux qu’un 10 % gratuit, non ?!

Eric Toulouze